Territoires, transitions, coopérations, l’agriculture comme socle de notre souveraineté
L’agriculture est un secteur économique singulier. Elle constitue un pilier stratégique de notre souveraineté et de la résilience de notre pays. Les coopératives, grâce à leur ancrage local, produisent et transforment, sécurisent les débouchés des agriculteurs en structurant des filières, créent des emplois et contribuent durablement à l’aménagement du territoire.
Leur solidité fait la force de nos régions, et lorsque ces équilibres sont fragilisés, les répercussions se font sentir sur l’ensemble de la chaîne de valeur.
Cet ancrage local s’inscrit dans une longue histoire. Le système agricole français est l’héritier des politiques publiques ambitieuses déployées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Elles visaient à nourrir la population à des prix accessibles et à garantir des revenus satisfaisants aux agriculteurs, notamment à travers la PAC (Politique Agricole Commune) et la création d’outils collectifs. Ce modèle a démontré son efficacité, mais il s’est construit dans un contexte qui n’est plus celui d’aujourd’hui.
Nous faisons désormais face à une accumulation de crises climatiques, sanitaires, géopolitiques et économiques, auxquelles s’ajoutent des attentes sociétales en forte évolution, parfois difficiles à concilier avec les réalités de production. Dans le même temps, certains États ont fait le choix d’investir massivement dans leur agriculture afin de renforcer leur autonomie alimentaire, de sécuriser leurs approvisionnements et de soutenir leurs filières. Ces stratégies accentuent la pression concurrentielle et fragilisent les équilibres existants.
Confrontées à des prix mondiaux durablement bas, à des contraintes réglementaires croissantes et complexes, ainsi qu’à une concurrence internationale accrue, de nombreuses exploitations atteignent aujourd’hui un point de tension. Le modèle qui a permis à la France de s’imposer comme une grande puissance agricole est à l’épreuve et appelle une adaptation profonde pour continuer à répondre aux enjeux économiques, alimentaires et territoriaux.
Cette phase charnière appelle des choix clairs et une évolution des politiques agricoles. Adapter l’agriculture nécessite de penser simultanément transitions, coopérations et territoires. Ignorer les réalités locales serait une erreur stratégique. La réussite de cette transformation repose sur des leviers concrets, qu’il s’agisse de l’accès à l’eau, aux infrastructures, à l’innovation ou à la capacité des acteurs à travailler ensemble.
La coopération constitue, à ce titre, un levier essentiel. Mutualiser les moyens, structurer les filières et rapprocher production et transformation permettent de préserver la valeur créée au cœur des territoires. Les démarches engagées par Arterris, notamment avec la coopérative Val de Gascogne au sein de Moulins du Sud, ou avec la coopérative Natera, illustrent cette capacité à construire des réponses collectives face aux défis économiques et industriels actuels. La gouvernance joue également un rôle déterminant dans la résilience. Le renouvellement des instances, l’accompagnement des nouvelles générations et l’ambition portée en faveur d’une plus grande place des femmes dans le modèle agricole traduisent une volonté d’évolution et d’adaptation.
Les coopératives appartiennent à leurs adhérents et à leurs territoires. Elles ont traversé des crises, su se transformer et continuent d’évoluer pour rester des outils au service du collectif. Sans une agriculture capable de produire, de transformer et de conserver la valeur sur place, il n’y aura ni résilience économique, ni cohésion territoriale, ni souveraineté alimentaire.
Cette responsabilité est partagée. Elle engage à la fois les acteurs économiques, les agriculteurs, les coopératives et les élus. C’est ensemble, dans une logique de pragmatisme et de long terme, que nous devons sécuriser les outils collectifs, accompagner les transitions et garantir la vitalité de nos territoires. Réinventer nos modèles, c’est agir dès maintenant, avec les acteurs de terrain, pour des régions vivantes, productives et durables.




